C’est par ce terme que David Lodge qualifie le milieu des universitaires et de l’enseignement supérieur. Je vais livrer dans ce billet un peu de mon expérience vécue dans ce milieu en France et je ne peux pas m’empêcher de faire une comparaison avec ce que j’ai constaté lorsque j’ai passé mes 4 premières années d’études supérieures à Antananarivo, mon pays natal.
Suivant la logique de David Lodge, le milieu de l’enseignement supérieur et de la recherche est effectivement un monde à part. S’y mêlent les profs “émérites” qui ont déjà leurs places au chaud; les profs qui sont encore en quête de reconnaissance mais qui sont déjà profs; les maîtres de conférence; les fraîchement thésards et les doctorants (mon cas dans l’histoire). Ceux qui préparent leurs thèses ont la possibilité d’avoir un poste d’assistant de prof, ce qui permet aussi d’avoir une vue d’ensemble de ce qui se trame dans ce milieu.
Quand je pense que j’ai étudié pendant 4 ans dans des bâtiments délabrés depuis des années et laissés en l’état, pas loin de la photo publiée par Pov dans son article, souvent mal éclairés ou bien non éclairés du tout, je me dis que les étudiants français ont bien de la chance. Ici les infrastructures sont excellentes: les bâtiments sont bien entretenus; ordinateurs et internet à profusion; bibliothèques bien fournis et régulièrement mis à jour. Je ne regrette pas toutefois d’être passée par cette expérience puisqu’elle m’a permis de comprendre que la réussite ne dépend que de l’effort et du courage au travail; on a beau avoir les meilleurs infrastructures à portée de main, si le courage d’apprendre n’y est pas, ils ne servent pratiquement à rien. A Ankatso (le nom de notre fac au pays) on ne nous donnait que le minimum comme base de travail, c’était à nous d’approfondir nos connaissances et notre culture générale. Curieusement, je ne m’étais pas sentie en décalage quand j’ai poursuivi mes études en France. Ce qui prouve bien que nous avions eu les bonnes bases au pays, à condition d’avoir été assidus bien sûr. J’ai ainsi une profonde reconnaissance à mes profs à l’Université de Tana qui, malgré l’insuffisance des moyens qu’ils avaient entre leurs mains, ont sû nous inculquer les bases essentielles et nécessaires pour nos futures études.
Concernant le milieu des profs proprement dit, je ne trouve aucune comparaison par rapport à ce qu’il en est au pays. Ici, je pense que le maître mot, c’est “la concurrence”. Les postes de “profs” sont peu nombreux et c’est à ceux qui arrivent à se faire approuver par leurs aînés et leurs pairs par la qualité de leurs recherches qui ont le plus de chance d’obtenir rapidement un poste. Mais surtout il faut avoir le principal passeport: la thèse. Généralement, la durée pour préparer une thèse est de 3 ans mais on peut toujours demander une dérogation spéciale pour avoir une année supplémentaire. Cette durée peut paraître court surtout pour la charge de travail que l’on a: faire le maximum d’articles pour pouvoir participer à des colloques, donner des TD ou des cours quand on a l’occasion, et surtout pondre les fameux 300 pages ou même plus censées représenter le fruit de ces 4 années d’études.
La course à la publication d’articles n’échappe pas non plus aux profs. C’est surtout leurs préoccupations principales. Dans ma branche d’études - la Gestion - il y avait 2 principaux colloques qu’il ne fallait pas rater: l’AIMS (pour la communauté francophone) et l’Academy of Management (cercle plus élargi). Je ne vous dis pas la course effrenée pour arriver à temps à soumettre des articles dont les deadlines sont vers les mois d’avril ou de mai. C’est à croire qu’on devient à force des “névrosés en permanence” à force de courir contre la montre: écrire l’article, le corriger, le faire relire, le corriger, le réécrire et ainis de suite. C’est pour cela d’ailleurs que les chercheurs sont souvent qualifiés de solitaires puisque souvent ils travaillent sur des choses que la majorité des gens ne comprennent pas souvent (et je vous dis c’est pire quand on travaille dans le domaine des sciences humaines où les résultats des recherches que l’on fait ne sont pas directement chiffrables); ils passent des heures durant devant leur ordinateur pour écrire, etc.
Concernant ma propre expérience en tant que doctorant “expatriée”, je dirai que ce n’est vraiment pas donnée d’espérer avoir un poste de prof en France. Déjà, il y a la question de la nationalité qui pose un réel problème: les futurs recruteurs n’ont pas forcément envie de faire avec vous toute la démarche nécessaire pour le changement de statut. Donc vous voilà balloté, comment arriver à bien finir la thèse donc si on doit travailler à plein temps à côté sur des petits boulot qui n’ont rien à voir avec vos études mais qu’il faut nécessairement faire puisqu’il faut vivre. Ou bien pour un étudiant “expatrié” qui vient d’avoir sa thèse, que faire avec un tel diplôme? Mine de rien, on est forcément déconnecté par les réalités du pays quand on a passé quelques années ici, on se demande quel poste on pourrait bien occuper au pays avec un tel “niveau” d’études si on n’en trouve pas ici. La question qui revient toujours également “est-ce que j’ai envie de rentrer”. A cet effet, il y a une remarque d’un prof qui m’a marqué et qui m’a amené à beaucoup réfléchir sur mon avenir. Il m’a dit un jour “vous savez, vous aurez beaucoup de difficultés à trouver un poste de prof ici puisque vous allez répéter aux gens ce qu’ils savent déjà. Alors que si vous rentrez dans votre pays, vous allez pouvoir leur apporter de nouveaux savoirs, de nouvelles choses qui leurs sont nécessaires”. Sur le coup, j’ai été interloquée, et bien sûr, je n’ai pas sû quoi répondre. Je ne voulais pas paraître comme la “fille-qui-veut-absolument-rester-ici” alors que les chances sont minces et d’un autre côté, je ne pouvais pas directement lui donner raison car je ne sais pas encore quand est-ce que je vais rentrer et surtout pour y faire quoi! Enfin voilà, j’en suis rendue à ce dilemme en ce moment. Je pense personnellement qu’il y a une sorte de manque de communication (ou de préoccupations?) de la part de nos gouvernants au pays quand aux sorts de ceux qui ont approfondi leurs études à l’extérieur et qui veulent pensent revenir! Est-ce que le pays est attrayant pour les jeunes expatriés en ce moment? Est-ce qu’il y a des opportunités de travail viable à long terme là-bas? Ce sont les questions que je me pose.
Enfin voilà, je voulais vous parler de ce “petit monde” mais je m’aperçois que je me suis plus ou moins écartée du sujet pour m’étaler sur le cas de certains expatriés comme moi
Anyway, pour conclure je voulais vous dire que le monde universitaire est un si petit monde que je n’arrive pas à trouver la sortie! lol Tiens, je me suis demandée ces derniers temps: pourquoi n’aurai-je pas fait Médecine … à années d’études presque égales, j’aurai peut-être pû trouver un post plus rapidement …
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