Au risque d’ennuyer mes lecteurs sur le fait de toujours radoter sur les conditions des femmes et avant que je ne me fasse étiquetter (si ce n’est déjà fait) de lourdasse féministe, je me permets une dernière fois d’écrire un droit de réponse par rapport à certaines indignations sur le fait qu’on mette toujours au premier plan les causes des femmes (et des enfants) au détriment de celles de nos amis les hommes. Huhu, droit de réponse comme ce que l’on fait dans Paris Match ou L’Express (bien que ce blog n’a pas cette ambition), je reprends ici les termes utilisés par TNR.
Qui se lève tôt le matin pour aller pêcher en pleine solitude sur une toute petite pirogue au milieu d’un océan indien déchainé afin de nourir ses enfants? L’homme schgeume.
Je me permets de répondre “mauvaise foi” car dans nos campagnes, aussi bien les femmes font des travaux pénibles. Que je sache: parmi ceux qui cultivent le riz du petit matin au soir avec l’angady, il y a aussi des femmes. Mais non seulement elles travaillent à la rizière mais aussi elles doivent aller chercher du bois, puiser de l’eau, faire à manger et tout ça en ayant 2 enfants ou plus (?) qu’elles portent sur leur dos. Si la pêche pourrait procurer la sérenité et le calme (pour ceux qui savent en profiter), la femme dispose moins de ces moments de tranquillité. La femme (à moins qu’elle ne soit entretenue) ne tourne pas les pouces à la maison en attendant que son mari retourne de son dur labeur du jour. Pourcentage de femme entretenue à Schgeumland*: ma main au feu que ça dépasse les 5%
Qui se tape la honte de devoir bégayer devant toute une foule pour présenter des condoléances alors qu’on est tous écrasés de douleur? L’homme schgeume.
C’est la société qui a fait que les choses se passent ainsi et non pas parce que les femmes voulaient à tout prix décharger les tâches ingrates aux hommes. Dans une société où l’homme est considéré comme le chef de famille (loham-pianakaviana) à qui revient tous les droits premiers, tu imagines bien que l’on ne donne pas assez aux femmes de marge de responsabilité. Et pourtant, ce n’est pas une question d’incapacité car je connais beaucoup de femmes schgeumes qui ont un réel talent d’oratrice. Mais c’est ainsi que la société a toujours fonctionné et à moins que tu ne veuilles bousculer tous les us et coutumes, je ne vois pas comment tu peux reprocher aux femmes de ne pas y participer. Et j’ai tendance à dire que ton initiative de revolucion est louable en ce sens que si l’on continue dans cette lancée traditionnelle, on ne sera pas loin de la Chine où on tue les nouveaux-nés filles parce que les garçons sont plus importants.
Qui va retourner le sol des rizières sous un soleil de plomb alors que madame joue à l’ombre avec son éventail? L’homme schgeume.
Mouhahaha, encore une fois je sais pas où tu as cherché ça mais de toute ma vie à Schgeumland je n’ai jamais vu une femme de paysan se taper la bronzette en attendant que le mari ait fini le travail du champ. Mauvaise foi quand tu nous tiens …
Qui se tape des centaines de kilomètres pour mener un troupeau de zébus au marché à bestiaux pendant que madame attend à la maison que l’argent rentre? L’homme schgeume.
Aïe aïe aïe, encore un niveau de plus vers l’image de l’homme super-héros. Ca me rappelle ces longs trajets en voiture qu’on fait pour aller sur la côte. Et que lorsqu’on prend une pause au bord de la route dans ces contrées au milieu de nulle part, j’ai vu effectivement ces hommes qui font de longs trajets à pied pour mener leurs zébus. Mais j’ai vu aussi des femmes avec des enfants sur leurs dos ou à pied, faire d’aussi longs trajets pour vendre les produits que la petite famille a cultivé ou pour aller chercher de quoi manger. Qui est-ce qui fait le tour des plages chaque jour en vendant des “bonbons-cocos” sous les yeux des touristes et ce malgré le danger auxquels sont exposés ces enfants? Et oser dire après que les femmes et les enfants ne foutent rien, ce n’est pas plutôt un raccourci confortable? Bien sûr, les femmes schgeumes ne sont pas voilées ni font l’objet de l’excision, mais certaines encourent toujours de déplorables conditions de vie comme la violence, le travail des mineurs, le tourisme sexuel si je ne vais citer que ça …
Qui doit tirer le pousse-pousse et tirer à dos d’homme des charrettes alors que dans de nombreux pays on épargne même aux animaux de telles tâches pénibles et dégradantes? L’homme schgeume.
Est-ce que cette revendication doit être utilisée contre la cause des femmes? N’est-ce pas plutôt un des aspects de la pauvreté en général? Que je sache, ce n’est pas la femme qui a imposé à l’homme de faire du pousse-pousse et rien que ce métier là. Si on avait donné le choix à ces hommes, je ne pense pas qu’ils auraient choisi de tirer le pousse-pousse, mais la pauvreté a fait que c’est ainsi. Tout comme c’est dégradant de voir un enfant passer ses journées à vendre du “bonbon-coco” sur les plages (même si ça ne demande pas beaucoup de conditions physiques tu vas me retorquer) alors que les enfants de son âge dans de nombreux pays dans le monde sont à l’école. Oui, la pauvreté est dégradante, mais je ne vois pas là dedans matière à faire opposition entre le droit de l’homme et de la femme. D’un côté comme de l’autre, il y a injustice …
Qui doit aller marcher des kilomètres et des kilomètres pour aller chercher femme, attendre devant un portail qu’on daigne lui ouvrir, accepter que sa famille et lui même se fassent insulter par un pseudo-orateur qui ne les connait même pas et enfin donner un cadeau pour soi-disant “apaiser la tristesse des parents de la jeune femme” alors qu’ils sont contents de s’en débarasser? L’homme schgeume.
Haha, question d’us et coutumes toujours Mr TNR. Qui a inventé le precept que la demande en mariage doit toujours revenir à l’homme? Ce n’est pas la femme je suppose. Que c’est la logique loi de la nature et aller en contre-sens donnerait à la femme une image de pétasse prétentieuse. Ha, la société a donné à l’homme ce rôle de super-dominateur, il faut qu’il en assume les conséquences …
Il faut en finir avec les “les femmes et les enfants d’abord” – ce truc est vraiment une honte. En fait, la phrase à prononcer dans de tels cas est désormais “les hommes et les hommes d’abord car ça fait des siècles qu’ils sont les derniers et le monde ne se porte pas mieux pour autant !”
Compte-tenu de mes précédentes réponses, je suis en mesure de déclarer que cette proposition relève du “non-sens” et du “non-lieu”. Oui, il faut encenser et encourager les futurs Bush, et il faut tuer les Benazir Bhutto et kidnapper de plus en plus d’Ingrid Betancourt … parce qu’il n’y a que l’homme qui est la clé du bonheur dans le monde. Clap, clap, très judicieuse observation de l’ordre mondial …
Il faut arrêter de tenir la porte pour ces femmes trop-gatées. Il faut arrêter de porter les lourdes charges pour épargner leurs (soit-disant) fragiles personnes. Il faut se rebeller contre cet ordre établi – mis-en-oeuvre par les femmes – et qu’elles appellent la courtoisie masculine !
Le bouquet final qui couronne le tout si j’ose dire les choses ainsi. Perso, je ne revendique pas du tout qu’on me tienne les portes ou qu’on me laisse passer devant et j’ai horreur qu’on me propose une chaise ou qu’on me tienne la porte de la bagnole. Je ne suis pas handicapée (heureusement) que je sache. Mais bon, chacun sa conception de la courtoisie et des “blondes” schgeumes ça existe aussi. Pour moi, courtoisie = respect avant tout et ce n’est pas une revendication que je demande uniquement aux hommes mais à parts égales, entre tous les humains.
A bon entendeur …
* Schgeume ou Schgeumland: les lecteurs auront compris qu’il s’agit de Mada bien sûr …











